De mon enfance d'où je fus brutalement exilée, j'ai gardé le goût de distribuer des petits morceaux à tous les vents.
Je peins comme je vis, en multifacettes.
J'œuvre dans cet espace poétique qui modifie légèrement la perception des choses ordinaires du monde, et je n'aime pas trop les questions sur ma peinture…
J'ai commencé à œuvrer avec le papier toilette lors de la pandémie de 2020.
Les feuilles de peu, ce sont les feuilles de papier toilette qui continuent leur chemin hors du temps des quarantaines et des confinements.
Peu à peu, j'ai enrichi mes interventions sur ce papier si particulier.
Parfois je les dédouble, pour aller au plus près de la fragilité.
Parfois j'ajoute de la feuille d'or,
pour amener le concept au paroxysme de part et d'autre.
Parfois je les brode.
Et parfois je fais les trois.
Certains artistes tendent vers l'épure ; moi, je cherche à enrichir de supplémentaire.
Je construis mes tableaux dans la durée, plusieurs mois, plusieurs années parfois. Je gratte la surface, j'ajoute une couche après l'autre, dans un éternel va-et-vient entre ce que je veux dire, ce qui s'impose à moi et l'équilibre du tableau.
Si je vais trop loin, je noie le tableau et je le perds. Mais s'il fait la traversée, je sais qu'il dira mon éternelle question : comment accueillir et transformer nos histoires du passé ?